Face à la multiplication des catastrophes naturelles liées au changement climatique, les territoires ont besoin de données fiables pour anticiper et agir. À l’Université de Strasbourg, le Service régional de traitement d’image et de télédétection (Sertit) s’appuie sur les images satellites pour produire des informations utiles à l’analyse et la décision.
Une inondation qui gagne du terrain, un territoire qui s’urbanise, une forêt fragilisée par la sécheresse, un lac dont le niveau baisse petit à petit… Ces transformations, parfois invisibles à l'œil nu, sont observées par les scientifiques du Sertit. Créé il y a 40 ans au sein de l’École nationale supérieure de physique de Strasbourg (ENSPS - devenue Telecom Strasbourg en 2012), ce service a vu le jour avec le lancement du programme Satellites pour l’observation de la terre (Spot) du Centre national d’études spatiales (Cnes) et le déploiement de sept satellites de 1986 à 2014 pour une vision plus précise de la Terre. Le Sertit s’est ensuite développé et depuis 2015, est rattaché au Laboratoire des sciences de l’ingénieur, de l’informatique et de l’imagerie (ICube).
26 ingénieurs s’évertuent donc à exploiter des images issues de satellites, d’avions ou de drones pour produire une information géographique fiable et utile. Géomatique, hydrologie, traitement d’images, sciences de la donnée, intelligence artificielle… Un savoir-faire pluridisciplinaire qui permet d’agir au niveau français avec le Cnes, avec l’Agence spatiale européenne et dans divers programmes internationaux. « Notamment pour le suivi des catastrophes naturelles », indique Hervé Yésou, directeur scientifique du Sertit.
Prédire l’urgence pour agir au plus vite
C’est grâce aux images satellites que le Sertit est capable de produire en un temps très court des cartes précises des zones touchées par l’une de ces catastrophes. « Des inondations, des feux de forêt, des cyclones… La fréquence de ces évènements augmente avec le changement climatique, rappelle Hervé Yésou. On travaille également pour le programme spatial européen Copernicus sur l’état de la Terre. Et la charte internationale Espace et catastrophes majeures - qui a fêté ses 25 ans à Strasbourg l’automne dernier. »
Tant de cartes permettant de visualiser l’étendue des dégâts, d’organiser les secours et de prioriser les interventions. « Nous fournissons des informations d’aide à la décision, nous ne disons pas quoi faire », résume-t-il.
Si son expertise est internationale, le service agit aussi au plus près des territoires. Dans le Grand Est, les ingénieurs participent au programme Life Adapt’Est, dédié à l’adaptation au changement climatique. Les images satellites viennent compléter des observations de terrain. « On amène un apport de connaissances en cas d’incendie ou d’inondation. On surveille l’état de sécheresse et des ressources en eau du lac de Gérardmer par exemple, comme il n’a pas d’instrument de mesure. Et des réserves naturelles d’Alsace et de Champagne-Ardenne. »
Utilisées par les collectivités, les scientifiques, les gestionnaires d’espaces naturels et les agences de l’eau, ces données permettent de mieux comprendre les dynamiques locales naturelles.
Et d’éclairer leurs choix d’aménagement, de gestion de ressources naturelles ou de prévention des risques.
L’objectif est de comprendre ce qu’il s’est passé pour mieux agir dans l’avenir. On fournit une information indépendante… et la preuve par l’image est toujours intéressante, assure Hervé Yésou.